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Arrêtez de penser que le monde est compliqué… il est complexe ! – par Marc Halévy – #3 les défis

Ces cinq ruptures socio-économiques (lire article #2 Les 5 ruptures), si l'on ne fait rien, mènent l'humanité à sa perte, pure et simple (ce qui, reconnaissons-le, du point de vue du cosmos, est une bien petite affaire). En revanche, "si l'on veut bien faire quelque chose", chacune de ces cinq ruptures devient un défi à relever par chacun dans son monde, sans attendre, des institutions, des réponses et solutions qui ne viendront jamais, on le comprendra mieux plus loin.

 

C'est à chacun, donc, de relever ces cinq défis majeurs, pour soi et autour de soi.

Le défi écologique répond à la logique de pénurie.

Il consiste à pratiquer la frugalité c'est-à-dire à appliquer partout et en tout le précepte du "moins mais mieux" qui fait passer du quantitatif "plus" au qualitatif "mieux".

La décroissance matérielle n'est ni un vœu, ni une idéologie, seulement une conséquence logique de deux phénomènes : la finitude de cette planète et de ses ressources, internes et externes, et le délire de l'exponentiation démographique.

 

La décroissance matérielle implique la décroissance de la consommation matérielle et la décroissance de la population humaine mondiale (pour revenir à un plafond de deux milliards, seul compatible avec la taille et la productivité de la Terre).

 

Mais cette décroissance matérielle doit être compensée par une croissance immatérielle, qualitative. C'est cela le "moins mais mieux".

 

Consommer moins mais mieux. Travailler moins mais mieux. Communiquer moins mais mieux. Voyager moins mais mieux. Transporter moins mais mieux. Etc …

Le défi technologique répond à la logique de crétinisation.

Le principe en est simple : la technologie doit rester l'esclave de l'homme et l'homme ne peut jamais devenir l'esclave de la technologie. Le triomphe de l'ordiphone démontre tous les jours l'esclavagisation acceptée de beaucoup d'êtres humains, et donne raison, ô combien, aux avertissements terribles d'Etienne de la Boétie (1530-1563) dans son "Discours sur la servitude volontaire".

 

La réplique à cette tendance nocive est un refus net de cette "esclavagisation", accompagné de la revendication d'une profonde autonomie, d'une réelle liberté technologique contre la pression des fabricants et vendeurs de gadgets numériques. L'ordiphone et la tablette sont fondamentalement inutiles ; ils ne produisent aucune valeur d'utilité. L'ordinateur est un outil à cantonner dans la seule sphère de la production de connaissance. Il faut rejeter tous les aspects ludiques des babioles et hochets numériques. Il faut refuser la fuite dans le virtuel. Il faut récuser la connexion permanente. Il faut dénoncer l'imposture de l'urgence universelle : lorsque tout est urgent, plus rien ne l'est.

 

Ce n'est pas l'industrie du numérique qui va sauver l'économie réelle mondiale : celle-ci progresse de 5.2% l'an contre 3.7% pour la première.

 

L'avenir du numérique est bien plus dans les robotisations de nouvelles générations que dans le gadget ludique et l'hyper-connexion inutile et improductive.

 

On remarquera que la notion d'autonomie - qui n'est pas l'indépendance puisqu'elle assume pleinement l'interdépendance de tout avec tout - va bien plus loin que la seule sphère technologique - même si les technologies, en "facilitant la vie", l'enferment dans un lourd champ de contraintes. Cette revendication à l'autonomie s'accroît, surtout chez les jeunes générations et s'oppose, clairement, aux pratiques du salariat, du mariage et de la famille nucléaire, des idéologies et religions, etc …

Le défi économique répond à la logique d'appauvrissement

Le modèle financiaro-industriel n'aboutit qu'à l'appauvrissement généralisé : appauvrissement de la planète, appauvrissement des produits, appauvrissement du travail, appauvrissement du vécu, appauvrissement de la santé, bref : appauvrissement de la Vie.

 

A sa logique d'économie de masse et de prix bas, il faut substituer une logique économique de niches et de haute valeur d'utilité et d'usage.

 

Le bon marché finit toujours par coûter trop cher, disait mon grand-père paysan. Le prix d'achat est la première dépense pour l'objet, mais suivent toutes les dépenses, durant toute sa vie d'objet, de fonctionnement, d'entretien, de maintenance, de réparation, de recyclage ou d'élimination. C'est la somme de toutes ces dépenses qui doit être minimisée et pas seulement le premier de ses paramètres : le prix d'achat.

 

La valeur d'utilité et d'usage d'un bien et d'un service n'appelle pas plus d'argent, mais plus de talent. Pour augmenter la valeur d'un bien ou d'un service, ce sont des ressources immatérielles qu'il faut y injecter : de la compétence, du savoir-faire, du talent, de l'imagination, de la créativité … bref : du génie, de la virtuosité.

 

Et là, éclate la fin de l'ancien modèle économique : en matière de génie et de virtuosité, il n'y a pas, il n'y a jamais d'économie d'échelle. Mettre vingt idiots ensemble ne fera pas un prix Nobel. Doubler le salaire d'un ingénieur ne le rendra pas deux fois plus malin ou créatif.

 

Et s'il n'y a pas d'effet d'échelle, alors la course au gigantisme devient parfaitement inutile et les effets de taille d'effondrent. Retour au "Small is beautiful" de Schumacher. L'économie à venir sera celle d'un néo-artisanat. Le tissu économique sera un vaste réseau polymorphe de petites entreprises autonomes mais collaboratives. Cela signe la fin du salariat : chaque entreprise sera une équipe d'associés reliée à un réseau de partenaires et de prestataires.

 

De plus, un autre glissement essentiel est déjà en train de s'opérer : celui d'une économie de la propriété vers une économie de l'usage. Pourquoi s'empoisonner la vie avec une automobile lorsqu'existe BlablaCar ? Et tout à l'avenant.

 

Enfin, la puissance de la Toile rend toutes les activités d'intermédiation inutile - sauf à produire, en virtuose, une réelle valeur ajoutée. Le libraire du coin comme Amazon seront parfaitement inutiles dès lors que les éditeurs de livres sauront être présents sur la Toile et assumer une logistique de livraison de qualité. Il en va de même pour tous les secteurs d'activité.

 

Le défi sociologique répond à la logique de bureaucratisation.

La complexité croissante du monde humain rend obsolète toutes les organisations pyramidales hiérarchiques et les condamne à devenir des bureaucraties lourdes, lentes, inefficientes et fragiles. En bref, disons que le saut de complexité que nous vivons fera disparaître tous les dinosaures : Etats, grosses entreprises monolithiques, etc …

 

La pyramide hiérarchique, parce qu'elle minimise le nombre des relations entre acteurs, est la plus pauvre des organisations. Pour répondre vite et bien à la croissance exponentielle des sollicitations venant de l'extérieur, toute organisation doit nécessairement s'enrichir c'est-à-dire augmenter drastiquement la densité de ses interactions internes et externes. Pour ce faire, elle doit passer au modèle du réseau. Le réseau, au contraire de la pyramide, maximise le nombre de relations entre acteurs : tout le monde y est relié à tout le monde, et tout le monde collabore avec tout le monde.

 

Cette voie de la réticularité est vitale pour toutes les organisations. Un réseau est un tissu serré de petites entités autonomes, en interaction permanente entre elles, et fédérées par un projet fort commun. Chaque mot de cette définition importe (cfr. mes ouvrages : "Réseaux" et "Pratique des réseaux" publiés chez Oxus).

 

A titre d'exemple, suggérons l'indispensable passage d'une Europe pyramidale des Nations vers une Europe réticulée des Régions …

 

Le défi éthologique répond à la logique d'hyper-individualisation.

La modernité a abouti au nihilisme et à l'hyper-individualisme. Le désastre culturel et psychologique est patent. Le déni de réalité de la plupart des "élites" dominantes est généralisé. L'égocentrisme et l'égotisme règnent en maître là où l'individu devrait se transcender au service de ce qui le dépasse.

 

La fuite hors du réel vers tous les paradis artificiels ou virtuels est une voie létale, sans issue.

 

Il faut donc rendre sens et valeur au réel, au vécu, au naturel.

 

Rendre sens et valeur au vécu, cela porte un nom : spiritualité. Une spiritualité qui sera, dans la grande majorité des cas, déconnectée de toute foi ou pratique religieuse. Une spiritualité personnelle, toute intérieure et intériorisée.

 

Il n'y a pas d'autre antidote à la désespérance qu'induit le nihilisme, stade final et létal de la modernité.

Les cinq mots-clés, les cinq moteurs du nouveau paradigme qui s'installe et prend le relais de la modernité moribonde, sont, donc : frugalité, autonomie, virtuosité, réseau et spiritualité.